Description du projet

DES COUTEAUX DANS LES POULES

Création en février 2013

Dans la campagne écossaise profonde, trois personnages incrustés dans leur terroir: un laboureur, la femme du laboureur, un meunier. David Harrower écrit dans une langue qui semble émaner de la terre même, à la fois fascinante et primitive. Les paroles jaillissent comme autant de tiges de blé à peine germées, chargées de sucs vitaux. La femme du laboureur transporte le grain mûr de la ferme au moulin du village. Elle circule, tel un esprit en mouvement, entre les deux hommes: l’un qui sème et récolte, l’autre qui transforme. Elle porte de lourds sacs de grains, mais aussi sa soif immense de connaître, sa curiosité, sa féminité. Le meunier est seul à savoir lire et pouvoir mettre des mots sur du papier. Ces mots, ces simples lettres de l’abécédaire, ont pourtant la force d’un geyser. Un drame naît alors, un drame antique, magnifiquement amorcé par le désir de tenir la plume dans sa main. Comme pour nous rappeler qu’au début de tout bien et de tout mal, il y a la parole, le savoir, le désir de connaissance.


Mot du programme

“Ma pièce décrit un paysage de l’esprit autant qu’un paysage physique.”

                                                                                                                      David Harrower

Nous suivrons la quête initiatique d’une jeune paysanne qui désire «connaître plus», trouver les mots justes pour décrire ce qu’elle voit, ce qu’elle ressent. Se butant aux limites du langage, elle trouvera en la personne du meunier (craint et détesté par tous les villageois), un passeur qui lui fera traverser de l’oral à l’écrit, du décrire à l’écrire.  D’autres seuils, d’autres limites seront également franchis.

Des couteaux dans les poules est considérée comme la première pièce de David Harrower mais il en a écrit une autre avant celle-ci qu’il jettera à la poubelle:

«J’avais décidé qu’elle parlerait de l’appropriation des terres par les grands propriétaires en Écosse, et des injustices qui en découlaient. Et cette pièce était dominée par cette histoire, elle devait servir à dénoncer les injustices de ces appropriations. C’était une très mauvaise pièce, parce que je battais le tambour, je décrivais la colère des gens. Or, il y a une scène dans cette pièce où un rétameur ambulant sur un marché raconte l’histoire d’une femme qui va au moulin et tombe amoureuse du meunier.  Et je me suis dit soudain que c’était pas mal, parce que c’était simple.»

Des couteaux dans les poules a effectivement la simplicité des contes mais aussi toute sa puissance d’évocation. Elle ne délivre pas, de l’aveu même de l’auteur, une signification univoque. Elle convoque l’analyse, accueille les multiples interprétations des spectateurs. C’est ce qui fait sa richesse et son mystère. Alors, suffit-il seulement de bien éclairer la fable pour ouvrir toutes ses possibilités de lecture ? Ce serait mal connaître Harrower. «Quand j’écrivais Des couteaux dans les poules, je ne voulais pas qu’on soit pris par la main et qu’on nous facilite la traversée.» Sa pièce est très elliptique. Il y a parfois des trous temporels très importants entre les scènes et par là, Harrower pose une question incontournable mais très intéressante aux concepteurs de sa représentation théâtrale: quelle solution allez-vous proposer ? Quelle écriture scénique viendra prendre place dans les trous de mon écriture ? Inutile de vous dire que j’ai eu l’impression de marcher sur le bord d’un précipice durant tout le processus de mise en scène…

On pourrait dire que Des couteaux dans les poules a été écrit sur un palimpseste. Un palimpseste, du point de vue étymologique, est un parchemin manuscrit dont on a grattée ou lavée la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte. En peinture, l’équivalent serait «le repentir». C’est une partie du tableau recouverte par le peintre pour la modifier. Avec le temps, la peinture s’écaille parfois et laisse entrevoir le dessin d’origine.

Et bien, c’est par là que nous avons cherché notre réponse à la question d’Harrower:  que découvrirait-on si on grattait la poule avec le couteau ?

Je tiens à remercier toute l’équipe de Prospero, tout particulièrement Carmen Jolin et Téo Spychalski, de m’avoir confier ce magnifique texte et accorder leur confiance.

Je remercie les stimulants et fidèles concepteurs, Geneviève, Elen et Alex qui mettent tout leur talent à bâtir un univers inspirant. À Francis particulièrement, qui en plus de son travail sonore, m’a poussée par nos conversations à affiner ma lecture du texte.

Je dis merde à Alexe, Isabelle, Stéphane et Jean-François et vous remercie également pour votre passion, votre rigueur et votre amour du théâtre. Ce fut un privilège de travailler avec vous.

Bonne soirée,

Catherine Vidal

Photos: Matthew Fournier

Crédits principaux

Production
Groupe de La Veillée

Texte
David Harrower

Traduction
Jérôme Hankins

Mise en scène
Catherine Vidal

Décor
Geneviève Lizotte

Costumes
Elen Ewing

Lumières
Alexandre Pilon-Guay

Assistance à la mise en scène et régie
Alexandra Sutto

Interprètes
Jean-François Casabonne, Stéphane Jacques et Isabelle Roy

Date et lieu de présentation

26 février au 23 mars 2013
Théâtre Prospero, Montréal